Fantômes de démocratie

Chronique par Luc Clément
Sommaire

Madrid, 14 juillet 1977. Francisco Franco est mort depuis bientôt deux ans, après 36 années de règne fasciste, et repose dans son grandiloquent mausolée de la Valle de los Caidos. L’un des cadres dirigeants de son ex-administration, Adolfo Suarez, vient tout juste d’être élu chef du gouvernement. Il est le premier dirigeant porté démocratiquement à la tête de l’état espagnol à la suite du dictateur. Ce jour-là, un ensemble de parlementaires socialistes, communistes, mais aussi Basques et Catalans présentent devant les Cortes, assemblée nouvellement recomposée, un projet de loi historique, le « pacto del olvido » (pacte de l’oubli). Venant compléter la loi d’amnistie, visant notamment à libérer tous les prisonniers politiques d’Espagne, quel que soit leur bord, le pacte entend offrir au pays une transition douloureuse mais assumée, préférée à la tentation du silence ou celle de la chasse aux sorcières.

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